L'Etat a déjà revalorisé de 50 à 60% l'aide associée à ce dispositif qui permet à une entreprise de bénéficier d'une aide pour maintenir l'emploi tout en réduisant temporairement les horaires d'une partie ou de tous ses salariés en cas de difficultés passagères. Le chômage partiel est désormais massivement utilisé - notamment dans l'automobile - et est souvent synonyme de centaines d'euros en moins chaque mois pour les salariés concernés. Les syndicats demandent donc au gouvernement d'aller encore plus loin, ce que devrait accepter l'Elysée.
Nicolas Sarkozy avait évoqué leur précarité lors de son interview, il souhaite créer une couverture chômage pour les moins de 25 ans et les salariés sortant d'un CDD. Une prime de précarité de 200 à 300 euros pourrait leur être versée à partir de deux mois travaillés, contre quatre actuellement.
Classe moyennes : les baisses d'impôts en bonne voie
Nicolas Sarkozy avait proposé de supprimer la première tranche de l'impôt sur le revenu ou le paiement du deuxième tiers provisionnel. Le ministre du budget Eric Woerth a affiché sa préférence pour la deuxième option dimanche sur LCI en estimant qu'elle était une "bonne réponse", "très simple" à mettre en oeuvre pour aider "le bas de la classe moyenne" à faire face à la crise. La CFDT a accueilli plutôt favorablement les propositions d'allégements fiscaux mais la CGT et FO sont hostiles à des gains de pouvoir d'achat par ce procédé. L'Elysée devrait en outre proposer une réforme des allocations familiales et des aides pour les chèques emploi service.
"Le compte n'y est pas", avait estimé lors de son interview Nicolas Sarkozy au sujet de la répartition des profits en France, avant de se prononcer en faveur d'une nouvelle répartition des bénéfices des entreprises (un tiers pour les salariés, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour l'investissement). "Il y a des instruments en place, il faut que les différents partenaires les utilisent et c'est ce qu'on va regarder mercredi", ajoute Raymond Soubie en notant toutefois que "sept à huit millions de personnes accèdent" déjà à l'intéressement et à la participation. Sans surprise, le Medef devrait freiner des quatre fers sur ce dossier.
Ce sera sans le point d'achoppement principal entre l'Elysée et les syndicats qui réclament des mesures d'urgence pour les salaires. Le gouvernement ne parait pas prêt à un geste. Sur le smic, "la question est : faut-il ou non l'augmenter (...) si l'on veut protéger l'emploi" avec des PME "en situation extrêmement difficiles" ?, a estimé Raymond Soubie. Sa question ressemble à une réponse... "On va en discuter", a-t-il toutefois promis.
Le patronat s'efforce de banaliser cette réunion. Il redoute des décisions qui pourraient lui coûter cher et se défend en affirmant que la réunion n'est pas "une négociation" mais l'occasion de "partager un diagnostic" sur la crise, par la voix de sa présidente Laurence Parisot.
Le premier syndicat français mise sur les tensions croissantes, des Antilles aux universités, pour amener l'Elysée à lâcher du lest. "Je n'ose pas penser que le gouvernement en reste à ce qu'a dit Nicolas Sarkozy. J'espère qu'il va y avoir d'autres mesures, la CGT insiste pour que ce soit sur le smic et les salaires", presse sa numéro 2, Maryse Dumas. "Nous pensons qu'il va falloir mettre un coup d'épaule supplémentaire par la mobilisation pour que le gouvernement se range à nos propositions", menace le syndicat en évoquant la mobilisation du 19 mars, d'ores et déjà programmée.
Le secrétaire général du syndicat, François Chérèque, accuse le gouvernement de "jouer petit bras", dans la lutte contre la crise. Il défend sa proposition de "fonds d'investissement social", financé par l'Etat à hauteur de 5 à 6 milliards d'euros, qui serait "un plan d'investissement massif en direction des salariés et permettra de créer les conditions d'une sortie de crise". "Plusieurs centaines de milliers de salariés peuvent être concernés" par un tel dispositif de formation et de qualification des salariés privés d'emploi ou en chômage technique. Le syndicat réclame aussi une revalorisation du smic, des baisses ciblées de TVA sur "les dépenses contraintes" (électricité...), un relèvement de l'APL, on un versement anticipé de la prime du RSA...
Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, réclame "des décisions rapides d'application immédiate" et accuse le gouvernement de persister à ne donner "aucune réponse" sur la question du pouvoir d'achat. Son syndicat, a "réaffirmé la nécessité d'un coup de pouce au smic, avec obligation pour les branches professionnelles de faire que, fin avril, il n'y ait plus aucun minima inférieur au smic". Il estime qu'"il vaut mieux trouver un autre moyen que la fiscalité" car la faiblesse de l'impôt sur le revenu en France "conduit à une augmentation des inégalités". FO demande également de "relever le niveau" d'indemnisation du chômage partiel à "80% du salaire net" et d'en "allonger la durée" maximale, en y intégrant "un processus de formation" "une augmentation de 10% des minima sociaux".